Lucette Michaux-Chevry

A l’instar des voyous et des trafiquants, les hommes politiques ou les fonctionnaires aiment utiliser des mots du langage commun pour masquer leurs activités délictuelles, voire criminelles : « chemises », « montres », etc. Mais là, ce sont de simples légumes, des épinards, qui servaient de code.

C’est ce que révèlent des écoutes téléphoniques, relate le Canard enchaîné. Dans son édition du 21 novembre 2018, l’hebdomadaire revient sur les derniers déboires judiciaires de Lucette Michaux-Chevry, ancienne Secrétaire d’État chargée de la Francophonie (1986-1988), ex-ministre déléguée chargée de l’Action humanitaire et des Droits de l’homme (1993 – 1995), ex-présidente du Conseil régional et ancienne sénatrice de Guadeloupe.

L’affaire remonte à 2015, lorsque les policiers du département d’outre-mer se sont intéressé à deux associations : Basse-Terre Une Passion et Basse-Terre Aviron Club. Deux associations sans membres, ni activité, selon Le Canard enchaîné.

Or, semble-t-il, les comptes de ces deux structures étaient bien garnis de subventions (248 830 euros), versées par la mairie de Basse-Terre et par l’agglomération Grand Sud Caraïbes (CAGSC). Or jusqu’en 2014 le maire de Basse-Terre n’était autre que Lucette Michaux-Chevry qui eut pour successeur sa fille Marie-Luce Penchard, ex-Secrétaire d’État puis ministre chargée de l’Outre-Mer entre 2009 et 2012 .

Et qui préside encore aujourd’hui la CAGSC ? Lucette Michaux-Chevry.

Les deux associations avaient également de généreux mécènes privés (pour un total de 150 500 euros) : une douzaine de sociétés du BTP et de traitement des déchets.

Sans permanents ni activité, ces deux structures associatives auraient dû avoir les caisses pleines. Eh bien non… Aussitôt reçues sur les comptes au Crédit agricole, ces aides étaient aussitôt retirées en liquide par un élu de la CAGSC et adjoint à la mairie de Basse-Terre, René-Claude Monrose, qui encadre les deux associations si largement subventionnées.

Et c’est en garde à vue, en février 2017, que René-Claude Monrose a été confondu par des écoutes téléphoniques d’échange entre la comptable de la CAGSC et l’élu. Et qu’ont été évoqués les fameux épinards.

Toujours lors de cette garde à vue, René-Claude Monrose a expliqué aux policiers que ces retraits servaient notamment au remboursement des frais électoraux de Lucette Michaux-Chevry et Marie-Luce Penchard. Et ce à la demande de Fred Madinékouty, directeur général des services de la CAGSC.

Un Fred Madinékouty qui serait chargé de faire payer des dépenses personnelles et électorales par ces entreprises du BTP et de traitement de déchet, en vue d’obtenir les marchés publics de l’agglo. A noter que la présidente de la commission d’appel d’offres de ces marchés publics n’est autre que Lucette Michaux-Chevry.

Et les entreprises qui ont mis au pot, découvrent les enquêteurs, n’ont pas fait que payer les frais électoraux. Elles auraient également réglé les notes des baptêmes, veillées, réceptions et cadeaux de fin d’année aux élus et personnels de Basse-Terre et de la CAGSC. Un véritable « système de racket », selon l’un des entrepreneurs.

En 2017, Lucette Michaux-Chevry avait été placée en garde à vue dans le cadre de l’enquête, pour des faits présumés de « détournement de fonds publics, association de malfaiteurs, escroquerie en bande organisée, prise illégale d’intérêts, faux et usage de faux de documents administratifs ». Quant à Fred Madinékouty, il avait été incarcéré et placé en liberté sous contrôle judiciaire.

Présumés innocentes, ces personnalités doivent se retrouver devant la justice début 2019, selon Guadeloupe la 1ère.

Photo : © HALEY/SIPA

Observatoire Corruption

Contribuables Associés contre la corruption et pour la transparence de la vie publique.

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